Né dans une famille d’ébénistes d’art, il découvre, tout jeune, le travail du bois dans les ateliers de son père (un ancien de l’Ecole Boulle[i]) et se passionne pour ce matériau. Il poursuit sa formation à l’Ecole des beaux-arts d’Orléans, tout en faisant l’Ecole normale, où il a comme professeur de dessin Roger Toulouse qu’il considère comme son maître[ii]. C’est alors qu’il aborde la marqueterie, l’une des grandes traditions des métiers d’art français, qu’il revisite dans un esprit contemporain.
Passionné par le design, il vient travailler en 1980 aux côtés de son père, au sein de l’entreprise familiale, la maison Haté-Pavard (installée depuis 1900 dans le quartier Saint-Marceau à Orléans[iii]). En 1982, il rencontre l’architecte Jean-Michel Wilmotte, qui fait réaliser par les ateliers Haté-Pavard des pièces uniques, dont le bureau-cylindre destiné à la chambre du président F. Mitterrand à l’Elysée.
En 1983, autre rencontre majeure, celle de la décoratrice Andrée Putman, marraine du design français, qui lui commande un portrait d'Yves Saint-Laurent réalisé en marqueterie pour le show-room du couturier à Chicago[iv]. Cette œuvre va lancer la carrière du jeune artiste[v], dont les créations sont exposées et primées à New-York, Chicago[vi] (où il partage la vedette avec le designer Phillipe Starck), Los Angeles[vii], Palo Alto[viii] et Paris. En 1989, il participe à plusieurs expositions majeures à Singapour[ix] et au Japon et reçoit ses premières commandes sur le marché asiatique de l’art.
Au cours de la décennie suivante, Yann Hervis continue dans la voie de la marqueterie et du design contemporain, réalisant des commandes prestigieuses - fresques, paravents, pièces uniques de mobilier, portes et tableaux marquetés –  entre autres pour les ambassades de France à Tokyo et à Montevideo, le consulat de France à Rio de Janeiro, le Ministère des Affaires étrangères à Paris, les studios d’Hollywood (via la société Modern Props), pour le siège de diverses grandes entreprises, le Musée des Arts décoratifs de Paris et pour de très nombreuses collections particulières[x]. Certaines de ses pièces sont pendant cette période éditées par la Maison Jansen à Paris, ou par la Maison Arcanes.[xi]
Au début des années 2000, l’artiste explore d’autres pistes et développe des techniques originales pour créer ses Palimpsestes[xii] dont il va multiplier les variations. Dès lors en pleine possession de son art, il varie les supports, les matériaux, les outils, pour répondre à des commandes aussi bien privées que publiques, en France comme à l’étranger. Il participe à de nombreuses expositions et différentes couches de bois, les érodant plus ou moins, tantôt décapant, usant le bois jusqu’à la fibre, tantôt révélant un motif enfoui, des parcelles d’inscriptions, qui sont autant de vestiges ou d’indices, laissant le champ libre à l’interprétation.
 


Sa signature la plus connue, omniprésente dans la ville, est le fameux Clou d’Orléans, créé en 2005. Cette œuvre en bronze gravé est devenue le véritable logo de la cité johannique, symbolisant à la fois le dynamisme de son présent et la richesse de son passé millénaire : elle représente, sous les trois noms portés par la ville au cours son histoire, la silhouette de Jeanne d’Arc lancée au galop, brandissant sa longue bannière à deux pointes dont la courbe symbolise aussi la Loire dans sa traversée d’Orléans. Ce graphisme original, inscrit à la fois dans la modernité et la mémoire collective, est décliné en deux modèles, en positif et en négatif : le clou de chaussée (où il matérialise les passages pour piétons) bombé et gravé en creux, et le clou de terrasse en relief, plat et plus petit. Désormais marqueur de l’identité d’Orléans, le clou est repris en signalétique un peu partout dans Orléans (plaques de rue du centre ancien, girouet de Loire Unesco, plaques au sol sous les arcades de la rue Royale, transports urbains etc.
Bronze encore pour la réalisation en 2008 des bas-reliefs de la fontaine monumentale place Gaspard de Coligny : onze plaques de bronze illustrant les onze villes jumelées à Orléans se mêlent aux jeux d’eau pour animer cette vaste esplanade au cœur d’un quartier moderne d’Orléans.
  Texte libre de droit d'Anne-Marie Royer-Pantin.