Palimpsestes

L’importante série des Palimpsestes est née de l’envie de détourner les codes de la marqueterie, de travailler le bois en épaisseur, en profondeur, au-delà des surfaces planes et polies de la marqueterie. Pour ce faire, l’artiste a mis au point une technique personnelle, à partir des mêmes matériaux que la marqueterie, les minces lames de bois de diverses essences, dont il choisit le grain, la dureté, la nuance naturelle ou teintée, et sur lesquelles il grave des signes, motifs, figures et calligraphies. Puis il superpose ces fines strates de bois et colle l’ensemble sous vide à la presse. Il passe ensuite au sablage : le jet de sable gratte (ce que signifie exactement l’étymologie du mot « palimpseste ») les différentes couches de bois, les érodant plus ou moins, tantôt décapant, usant le bois jusqu’à la fibre, tantôt révélant un motif enfoui, des parcelles d’inscriptions, qui sont autant de vestiges ou d’indices, laissant le champ libre à l’interprétation.


Palimpsestes
De bois et de sable
 
Un palimpseste est, littéralement, un parchemin manuscrit dont on a gratté la première inscription pour lui en substituer une autre, mais où cette opération n'a pas irrémédiablement effacé le texte primitif, en sorte qu’on peut y lire l’ancien sous le nouveau. Ce qui montre qu’une œuvre peut toujours en cacher une autre, mais sans la dissimuler totalement.
C’est le désir de travailler le bois en épaisseur, en profondeur, d’aller au cœur des choses, au-delà des surfaces planes et polies de la marqueterie, de creuser la matière, de raconter des histoires en remontant le temps, qui a conduit l’artiste sur cette voie profondément originale (et un rien iconoclaste) des Palimpsestes. Pour arriver à ses fins, il met au point une technique toute personnelle, à partir des mêmes matériaux que la marqueterie, les fines lames de bois de diverses essences, précieuses, exotiques ou familières, dont il choisit le grain, la dureté, la nuance, et sur lesquels il grave des signes, motifs, figures et calligraphies (on le sait passionné par les mots, l’écrit, qui accompagnent souvent ses œuvres). Puis il superpose ces fines strates de bois et colle l’ensemble sous vide à la presse : ainsi enfouis, messages et images semblent avoir disparu.
Alors intervient le sablage : guidé par la main vigilante, à la fois minutieuse et vigoureuse, le jet de sable gratte (comme le dit clairement l’étymologie du mot palimpseste) les différentes couches de bois, érode avec doigté, creusant ici, épargnant là, tantôt décapant, usant le bois jusqu’à la fibre, tantôt révélant avec délicatesse un motif enfoui, mettant à jour des fragments de récits, des vestiges, des inscriptions, des traces de souvenirs. Cela relève de l’archéologie et de l’épigraphie. Mais aussi du jeu et de la fantaisie : combinaisons joyeuses des teintes et des essences, rébus, signes, graffitis, filigranes. On prend le travail de l’artiste en filature, on scrute les détails, on glane des indices, poétiques, cocasses, familiers ou cabalistiques. Mais aura-t-on le fin mot de l’histoire ? Il faudrait pouvoir remonter le temps. Et puis, il est bien que l’œuvre conserve une part de mystère.
Ainsi les Palimpsestes nous convient-ils à une méditation active ; ils requièrent une véritable participation pour les déchiffrer, non un regard simplement contemplatif : l’œil découvre d’abord des surfaces corrodées, difficilement lisibles, puis il va plus au fond, devine des motifs, lignes et figures, des bribes de mots, des lambeaux de mémoire, des géographies improbables. On s’approche, on s’éloigne, on voit grand puis tout petit, on surplombe, on accommode, on tente de dominer, on s’attarde, on croit avoir trouvé puis on se perd.
Tels sont les Palimpsestes : du figuratif transfiguré. C’est pour cela qu’ils laissent le champ libre à la conjecture, à l’interprétation, à la rêverie, ajoutant au bonheur des yeux le bonheur de l’imagination en liberté.
                                                                                                                                           
 Texte libre de droit d'Anne-Marie Royer-Pantin.