Estampes et gaufrages
S’il a coutume de travailler des matières dures, pondéreuses, massives, Yann Hervis n’en reste pas moins fasciné par les infinies possibilités du papier, support plus léger dont il réalise de précieuses estampes sur vélin, à partir de matrices en bois gravé. C’est ainsi qu’il a créé en 2010, avec l’écrivain Anne-Marie Royer-Pantin, une livre d’artiste Arbres-Poèmes, réalisé à 10 exemplaires autographes, qui comporte 10 feuillets (56cm x 38cm), dont une estampe en relief accompagnée d’un texte inédit et neuf estampes couleurs accompagnées de neuf poèmes originaux, réunis dans un coffret-reliure en bois, conçu et réalisé comme un tableau.
Le papier lui a également inspiré une série baptisée Bois délicats, où les silhouettes en relief de ses arbres-fétiches, obtenues par gaufrage, sont encadrées de très fines compressions de lames de bois sablées.
La tentation de la légèreté
Estampes et gaufrages
Résolument engagé, dès ses débuts, dans le travail de la matière dont il défie les résistances, apprivoise les forces, provoque les métamorphoses et révèle de manière incisive les secrets, Yann Hervis est accoutumé aux matières dures, pondéreuses, voire massives, pour lesquelles la mise en œuvre n’est jamais immédiate, qui requièrent des techniques singulières, des ruses, des stratagèmes pour en contourner ou détourner les contraintes. Alors forcément il arrive que, parfois, il rêve d’un peu plus de légèreté, d’un matériau poids-plume, nomade, sans astreinte et bon enfant… Le papier bien sûr. Le papier dont il va faire aussi, avec une belle inspiration, le médium à part entière de sa création.
Jusqu’alors réservé au brouillon, à l’esquisse, au croquis et au dessin préparatoire, le papier devient ainsi fragile support et gardien de l’essentiel. C’est que, de la matrice en bois gravé (qui est l’un des thèmes favoris de l’artiste) à l’empreinte sur la feuille de vélin, il n’y a qu’un pas, franchi avec la création d’un exceptionnel livre d’artiste intitulé « Arbres-Poèmes », un objet de création unique, un recueil de papier et de bois à nul autre pareil, dédié au grand mystère poétique de la vie des arbres, né de la rencontre privilégiée entre le plasticien et l’écrivain Anne-Marie Royer-Pantin. Il est illustré de neuf arbres remarquables, couchés sur le papier précieux, mis en estampes et en couleurs par l’un, mis en poèmes par l’autre, et réunis dans un coffret-reliure en bois, conçu et réalisé comme un tableau. Il comporte 10 feuillets (56cm x 38cm), dont une estampe en relief accompagnée d’un texte inédit et neuf estampes couleurs accompagnées de neuf poèmes. Chacun des dix exemplaires sortis de leurs mains est une œuvre originale, totalement autographe, les deux artistes ayant seuls assuré la mise en œuvre de toutes les étapes du travail, de la gravure à l’écriture, du contenu au contenant, du concept à l’objet.
Cette expérience est marquée par la joie de la couleur en liberté, la redécouverte d’une alchimie dont Yann Hervis va désormais jouer sans limite : « J’ai travaillé sur des matrices en bois pour faire mes gravures et, quand j’ai commencé à encrer, ce fut un choc, une libération, raconte-t-il. Car autant en marqueterie, j’avais une palette de bois magnifique mais imposée, autant là, j’ai retrouvé le jeu avec les couleurs. »
Parallèlement à ce travail sur les estampes et leurs infinies possibilités chromatiques, le papier lui inspire une série d’une grande poésie, qu’il décore justement du nom de « Bois délicats ». Le point de départ en est la technique du gaufrage, qui lui permet d’obtenir, à partir de ses matrices en bois gravées, mais cette fois-ci sans encre, les silhouettes en relief de ses arbres-fétiches que viennent encadrer de très fines compressions de lames de bois sablées dans l’esprit des Palimpsestes. Fibres contre fibres, feuilles contre feuilles, bois et papier y poursuivent, en toute légèreté, presque en apesanteur, leur dialogue immémorial autour du thème de l’arbre, leur commune origine.
Ainsi l’artiste, à l’inspiration toujours renouvelée, puisant au creuset des matériaux, des formes et des couleurs, n’en finit pas d’accrocher ses arbres familiers aux cimaises de notre imaginaire.
Texte libre de droit d' Anne-Marie Royer-Pantin